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L'action a lieu dans l'antichambre de l'appartement de Jean-Paul Marat, rue des Cordeliers à Paris, ainsi que dans la chambre où Marat écrit, puis s'installe dans sa baignoire-sabot, prenant un bain d'eau fraîche afin de résister à la chaleur de l'été. Il souffre d'une grave maladie de peau, et on lui appose régulièrement des linges humidifiés à l'aide d'eau vinaigrée. On est le 13 juillet 1793, vers 18h00. Dans une heure et demie, Charlotte Corday, venue de Normandie pour venger les Girondins arrêtés et retirés du pouvoir, doit entrer en scène. L'argument de la pièce se situe avant ce moment fatal.



Côté cour

“J'avais une multitude de facettes à présenter au spectateur: Marat/Che Guevara, la médecine et la révolution les relie (enfance heureuse, médecine, voyage initiatique au Mexique pour l'un et en Angleterre pour l'autre, Marat/Rousseau (même siècle et même éclectisme dans les intérêts), le Contrat social et l'enfermement volontaire de l'homme dans les chaînes de la société en commun, Marat/Bouddha, la découverte de la misère et de l'injustice sociale, après une enfance protégée, Marat/Gandhi, la réalité autoproclamée de représenter une sauvegarde vivante (et à saisir) pour son peuple, l'Ami du Peuple/Radio des Mille Collines (radio rwandaise ayant joué un rôle significatif dans l' appel au massacre des Tutsi, qui a émis du 8 juillet 1993 au 31 juillet 1994) par le ton vindicatif et sanguinaire que les textes peuvent adopter, Marat/Mao-Tsé-toung, par le côté dogmatique et toutefois entraînant du style et du souffle poétique...” précise l'auteur, Daniel BERNARD. “Il fallait aussi brosser un personnage crédible sur scène et dans ses répliques. Je me suis inspiré du travail de Shekhar Kapur (réalisateur) et Michael Hirst (scénariste) dans les deux films consacrés à Elisabeth 1ère d'Angleterre pour la liberté de ton et l'intimité dans les mises en situation des personnages au long de cette ultime journée”.



Côté jardin

"Perclus de dettes et accablé par une maladie de la peau, Marat écrit dans sa baignoire. C'est là qu'il se fait trucider par Charlotte Corday. On rencontrait Marat dans son jus, le voilà maintenant baignant dans son sang. Et si Charlotte Corday lui avait tout simplement évité la guillotine?" s'interroge Alain-Jacques Tornare, auteur-historien préfacier de la pièce, à qui l'on doit entre autre la Révolution française pour les nuls et qui prépare actuellement un ouvrage pour les éditions ECLECTICA.
"Le 12 septembre 1790, celui que Chateaubriand nomme un 'embryon suisse' publie le premier numéro du Publiciste Parisien qui deviendra L'Ami du Peuple, l'une des publications les plus emblématiques du temps de la Révolution française. Ce 'précurseur' de la Révolution française, selon la formule de Michel Vovelle, n'envisage encore, en 1791, de république que sous la forme fédérative, à l'image des Etats-Unis d'Amérique et de ce que l'on imaginait être la Suisse. Daniel BERNARD évoque ici ses liens avec l'horloger Breguet, son compatriote établi à Paris."
Et Alain-Jacques Tornare de souligner: "Marat symbolise à tout jamais la composante la plus radicale, donc la plus déterminée de la Révolution française. Le sujet est particulièrement délicat à aborder, la Révolution française représentant un terrain aussi glissant que pouvait l'être le fond de la baignoire où Marat finit ses jours. Mais sur le plan historique, Daniel BERNARD a su éviter tout dérapage. En passant, d'une scène à l'autre, il nous révèle différentes facettes de la personnalité de ce journaliste ci-devant homme de science.



Scène 2, extrait 2

Lire extrait 1

SIMONNE EVRARD
J'ai peur. Tout est devenu si atroce. Cette femme qui a été violée par ses bourreaux, mise à mort, décapitée, exhibée nue et souillée... J'ai honte. (Elle pleure.)

JEAN-PAUL MARAT (la voix sourde)
Le silence de la solitude n'apaisera ni tes peurs, ni tes larmes, ni mon remord. Je n'ai pas voulu cela, me crois-tu? Le jour venu, je serai seul à descendre aux enfers, et j'assumerai mes paroles: pas leurs actes! Devant l'Etre Suprême, je défendrai mes opinions bien haut, comme je sais le faire, vêtu de mon goût inaltérable pour la liberté du peuple, même s'il ne la vaut pas, et je mourrai debout, fier, inconsolable mais heureux du devoir accompli. Ce jour-là, je serai heureux d'avoir réuni contre moi tous ces éléments hostiles. J'aurai répondu à l'appel. L'appel mystérieux... (Il tousse.) Mais sans moi, les véritables assassins dormiraient peut-être encore. Les voilà donc démasqués plus tôt que prévu. A nous, maintenant, de les noyauter, de les juger devant la Nation entière, à Paris, en province...

SIMONNE EVRARD
Je crains chaque jour que l'on viendra m'annoncer ta mort dans l'heure qui suit car un tueur sanguinaire t'aura pris pour un nanti à mettre en pièce quand tu entres ou sors de la Convention, un tueur soudoyé par tu sais qui!

JEAN-PAUL MARAT
Tais-toi, Simonne! En plus, comme je suis mis? J'ai l'air d'un vaurien. J'ai l'allure d'un sans-culotte assoiffé de justice. Quand la nuit tombe, je file les groupes à quelque distance, me mêle aux hordes salvatrices, je regarde le pays basculer... et je suis impuissant. La belle affaire: en plus, j'ai le bon âge pour faire un mort, je fais figure d'ancêtre... Quant aux assassins...

SIMONNE EVRARD
Je n'aime pas tes discours. Si cela t'amuse de jouer avec la mort, moi pas. Je veux que tu vives, je suis comme Albertine ou ton frère. On veut tous que tu vives.

JEAN-PAUL MARAT
Mes amis aussi? Camille et Lucile, certainement; Maximilien, humm, moins sûr... sa froideur et son calme te tracassent.

SIMONNE EVRARD
On dirait qu'il se venge de quelque chose d'inavouable, quelque chose qu'on lui aurait fait subir à lui, jadis. Il me fait peur, malgré ses bonnes manières. Son regard m'effraie.

JEAN-PAUL MARAT
C'est un emporté! Un pur, de la bonne race des vainqueurs. Danton aussi à t'entendre, il fait peur?

SIMONNE EVRARD
Oui! Dieu sait où sa hargne va nous mener?

JEAN-PAUL MARAT
C'est la loi de la révolution, le combat est serré. Chacun se place, comme dans une course. Comme ami, j'ai Abraham-Louis Breguet, de Neuchâtel. L'homme est fin, au-dessus de la mêlée. Il veille sur ma petite Albertine qui travaille dans son atelier et il m'a sauvé la vie au Quai de l'Horloge, historique moment! Il m'a déguisé en femme pour que je sorte de son atelier, avec ma pièce d'horlogerie réparée en poche, et que je fuie sans être reconnu, car la fureur s'était emparée des citoyens: j'aurais pu être arrêté par n'importe quel enragé et conduit à côté, à la Conciergerie! La suite, tu la connais. Je l'ai aidé à mon tour.

SIMONNE EVRARD
Comment donc?

JEAN-PAUL MARAT
Je l'ai fait escorter par une brigade à cheval jusqu'au Jura; on craignait pour sa vie... Une fois parvenu à Vallorbe, il fut en sécurité pour le reste de sa route vers Neuchâtel.

SIMONNE EVRARD
Chez toi?

JEAN-PAUL MARAT
Oui.

SIMONNE EVRARD
On ira une fois?

Lire extrait 1



De gauche à droite: Daniel BERNARD (auteur), Estelle GITTA (éditrice) et les comédiens Maria METTRAL, Christian GREGORI, Fanny PÉLICHET.


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